Elles sont femmes au foyer, et elles ont décidé de faire du recyclage de leurs vieilles bassines, bidons d’huile, boîtes de conserves, ventilateurs en panne et cuillères en bois, une activité artisanale.
Elles s’intéressent à la couture, au raccommodage et à la création de bibelots, de décorations florales et ustensiles ménagers originaux qui ont un point commun : ils comportent tous une vieillerie qu’on n’a pas voulu jeter.
Recycler ce qu’on a, c’est économique, certes, mais la vision des femmes Bazine est aussi et surtout liée à la création d’une culture environnementale dans les foyers. Vous l’avez compris, les femmes Bazine, une quarantaine de jeunes et de vieilles dames de cette grande famille du ksar de Ouargla sont des amies de la nature. Elles ne jettent rien et ont appris à leurs maris et enfants à compter avec le respect de l’environnement. Elles les mettent à contribution dans la collecte du fil d’attache de la brique rouge ou du carrelage, qui servent à confectionner de jolis couffins et paniers.
Ils ramassent pour elles les bidons et autres contenants en plastique qui deviendront à leur tour de beaux paniers à pain, à fruits ou des coffres à bijoux. Les femmes Bazine ont fait le pari de lancer cette tendance et ce mode de vie qui voit en chaque emballage un produit qui reste à la maison et qui ne sera nullement jeté dans la nature.
L’exposition organisée dernièrement à la maison de jeunes Houari Boumediène près du ksar de Ouargla a brassé des centaines de visiteurs, et parmi eux des commerçants qui ont été conquis par ces produits faits main.
-------------------------------------------
Rencontre avec Mme Bazine Leïla Maîtresse en travaux ménagers à la maison de jeunes Houari Boumediène: «Les femmes savent qu’elles participent à sauver leur environnement de la pollution»
-Vous dispensez un savoir-faire qui semblait révolu jusqu'à il y a peu. Qui s'intéresse aux travaux ménagers ?
J'ai un atelier d'apprentissage pour les filles, et bien croyez-moi, ma classe ne désemplit pas.
Au début, je le faisais à la maison, et l'année dernière je l'ai transféré à la maison de jeunes Houari Boumediène pour ne pas pénaliser les filles et pouvoir couronner leur formation par une attestation.
-Qu'est-ce qu'elles viennent apprendre ?
Ce sont généralement des femmes au foyer qui veulent apprendre un métier manuel ou des jeunes filles qui préparent leur trousseau.
-Pourquoi cet engouement alors qu'il y a de tout sur le marché et à des prix abordables ?
Oui certes, mais il y a aussi un retour vers le travail fait main, l'ouvrage artisanal. Les futures mariées aiment à faire elles-mêmes leur trousseau, les futures mamans préparent la layette de bébé et elles ont vu qu'en l'espace de trois mois seulement elles pouvaient faire des merveilles, choisir les étoffes, les couleurs. Elles étaient étonnées qu'avec des moyens très modestes et en puisant dans leur placard, dans leur cuisine et en revisitant quelques vieilleries, elles pouvaient produire des choses modernes de leurs propres mains.
-Vous recyclez des ustensiles ménagers, de quoi s'agit-il exactement ?
Vous serez étonnée de savoir que ce pouf que vous voyez là était à la base un lot de huit boîtes de tomates en conserves ou de confiture, celles d'un kg. Elles sont agglomérées et couvertes d'un tissu d'ameublement au choix. Pour les grands poufs salon, ce sont les grands bidons de jus de fruits de 5 litres qu'on utilise, il en faut sept et le tour et joué.
C'est beau et très confortable. Nos stagiaires récupèrent ces boîtes chez elles et demandent autour d'elles. Elles en font leur propre mobilier. L'emballage du carrelage sert à faire des paniers, le grillage de ventilateur est recyclé en ustensiles de henné.
Les deux parties du ventilateur sont séparées et peuvent servir de supports à des paniers très ergonomiques, l'un pour le henné et le second pour les gâteaux ou les bonbons. Les vieux garde-manger deviennent facilement des coffres à bijoux, les bouteilles d'huile de 5l sont couvertes d'ouate, de tissus et de dentelles et deviennent de belles poupées ornementales.
-Pourquoi ce recyclage ? Un geste écologique ou une simple question de moyens ?
Nous joignons l'utile à l'agréable. Deux objectifs qui se complètent, nous voulons, d'une part, montrer aux femmes qu'avec des moyens à leur portée, dans leur cuisine, elles peuvent changer leur quotidien et se permettre de petites rentrées qui sont toujours les bienvenues. Il y a aussi le souci d'un environnement plus sain, plus beau, avec moins d'emballages, de bouteilles, de bassines, etc.
-Les femmes sont réceptives à ce message?
Très réceptives, et contrairement à ce que l'on pense, elles sont conscientes qu'avec ce geste, elles participent à sauver leur environnement de la pollution due au plastique et aux déchets ferreux. Maintenant qu'elles ont l'occasion de le faire elles-mêmes, croyez-moi, chaque session de formation est une nouvelle découverte, les cours sont dispensés trois fois par semaine, surtout en été.
Le bouche à oreille a fonctionné et elles viennent en toute connaissance de cause, certaines ramènent leurs bidons à la première séance. L'été dernier était très animé malgré la chaleur et les matinées du mois de Ramadhan aussi. C'est étonnant, mais les faits sont là : on leur apprend à se servir de leurs mains et à devenir amis avec la nature !
© El watan



